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Le bain et la nouvelle intimité par Georges Vigarello, historien

Le bain et la nouvelle intimité

Par Georges Vigarello, Historien

 

L’invention de l’hygiène moderne est celle d’un rôle central donné à l’eau. Plus que le linge, plus que l’essuiement, plus que le parfum, le liquide est ce qui installe un état, assure la pureté de la peau, renforce sa résistance, accroît son soyeux. Cette exigence est portée à la perfection par les salles de bain contemporaines, multipliant les points d’eau, mécanisant des instruments, variant les températures, modulant les jets. Avec elle, l’hygiène se technicise, compose définitivement une « atmosphère » et un milieu. Elle spécifie l’objet du propre. Elle le renforce aussi par des appareillages toujours plus nombreux, toujours plus sophistiqués.

 

Aucun doute, la présence de l’eau a longtemps été rare dans les espaces intimes, son débit « disponible » a longtemps été précaire : réseaux, instruments, flux domestiques ont rencontré mille obstacles transformant l’immersion en pratique peu partagée. Toujours, pourtant, cette eau du bain a été conçue selon un raffinement de mélanges possibles. Toujours, essences et parfums ont été conçus comme pouvant accentuer ses effets. Les « séjours » dans le lait traversent l’imaginaire traditionnel, de même qu’un large spectre de végétaux a toujours été décliné pour ménager des états physiques allant de l’émollient au stimulant. Les « toilettes ou bains de Flore » abondent dans les textes d’hygiène traditionnels. Les références se multiplient à l’eau de rose, l’eau de « mille fleurs », l’eau « céleste », le lupin, la camomille, la lavande, la mélisse ou la fleur d’oranger. Tous sont censés transformer l’eau pour en diversifier les effets.

 

Deux changements majeurs en revanche ont eu lieu dans notre modernité : l’eau rendue totalement disponible, on l’a vu, par une révolution des réseaux, d’une part, le bain conçu, d’autre part, comme une pratique de détente autant qu’une pratique d’hygiène par une totale révolution de notre univers intime. Le premier de ces changements est évident, et rend le bain familier. Le second l’est moins et mérite attention. L’eau, avec lui, s’est faite plus enveloppante, plus envahissante aussi, sinon plus pénétrante. Son usage a changé dans une société où grandit l’attention à soi, l’attente de soins plus intimes, plus personnalisés, le besoin de détente aussi, voire de centration sur soi. D’ « hygiénique », cette eau s’est faite « psychologique ». D’où ces bains promus comme autant de « spots de bien-être, de cocooning et de détente très en vogue dans nos sociétés stressées », ou ces bains promus comme autant de « refuges de relaxation ». Avec eux, « Vous rêvez de vous ressourcer et de vous chouchouter ». Le rôle de l’eau, dans ce cas, s’est, à l’évidence, enrichi autant que révolutionné.

 

Pierre Bonnard, dès le premier tiers du XXe siècle, le montre remarquablement avec ses vues plongeantes sur une baignoire où s’abandonne le corps d’une femme. L’image se déploie, saisissante de suggestion comme de vérité. Elle mêle forme et sensation : un allongement total pour un relâchement total. Le corps et l’eau se correspondent. Les matières se rapprochent. Le liquide incarne une manière d’exister.

 

 

Les matières, précisément, prennent alors une importance nouvelle. Elles ne visent plus seulement le physique, mais le psychologique. Ce sont elles qui peuvent accroître la ressource sensible. Ce sont elles qui composent avec le relâchement, l’abandon, une existence plus fortement ressentie. La cosmétique triomphe ici comme elle ne l’a jamais fait jusque-là, en variant à l’infini le spectre sensuel, en jouant avec les essences les plus variées, en offrant aussi la possibilité d’approfondir le sentiment de bien être, devenu une des attentes majeures d’aujourd’hui.

 

LES PRODUITS DE BAIN DANS L’HISTOIRE

 

Hygiène et détente : deux notions qui, à travers les siècles, se sont conjuguées et ont alterné à l'heure du bain. Mais vous découvrirez, tantôt vilipendé par les autorités religieuses ou médicales, tantôt recommandé, que le bain est le reflet des mœurs. Quant aux produits utilisés avant, pendant ou après le bain, ils ont de tout temps été le fruit de l'imagination et de la créativité des femmes pour entretenir la douceur et le velouté de leur peau.

 

A vous maintenant de vous plonger dans l’histoire du bain, sans doute aussi ancienne que celle de l'humanité. A en croire Hippocrate, père de la médecine, l'eau est l'un des piliers de l'art de guérir. Cependant, la notion d'hygiène a connu bien des étapes et des péripéties à travers les siècles. Très pratiquée à certaines époques, souvent associée aux pratiques d'un culte religieux, elle fut par moments fort négligée.

 

Au cours de fouilles récentes effectuées dans la région d'Assur (Mésopotamie), des archéologues ont découvert une salle de bain, vraisemblablement installée au XIVème siècle avant J.C. Cette salle de bain était composée de plusieurs bassins et d'une cavité creusée à même le sol, qui devait tenir lieu de baignoire.

 

Il y a 3 500 ans

L'Egyptien était fier de sa propreté et de ses vêtements d'une blancheur immaculée. Le premier des soins de beauté était le bain dans une eau parfumée ; le savon étant inconnu, on se frottait avec du natron – du bicarbonate de soude que l'on trouve en dissolution dans certains lacs égyptiens.

 

Une pâte de cendres et d'argiles de foulon, le souabou, permettait un nettoyage parfait.

Une inscription tombale nous informe que Teje, l'épouse du pharaon Aménophis III, d'origine roturière, passait des heures dans sa baignoire d'or massif. Des esclaves lui apportaient des eaux parfumées, et enduisaient après le bain tout son corps de l'huile la plus fine. Il en allait de même pour sa belle-fille, la célèbre Néfertiti.

Au sortir du bain, l'Egyptienne se faisait frictionner d'une huile parfumée pour empêcher la peau de se dessécher et se faisait masser.

 

Vers l'an 2000 avant J.C.

 

 

 

 

 

 

Dans l'Antiquité gréco-romaine

Les premières baignoires avec eau courante firent leur apparition en Crète. Elles étaient en faïence agrémentée de mosaïques, et leur forme s'adaptait à celle du corps humain.

Héra, la déesse-mère de la mythologie grecque, se baignait, écrit Homère, dans l'ambroisie, la boisson des dieux, et s'enduisait également d'huiles précieuses.

 

L'usage des bains chauds ou bains de vapeur était très répandu. Ceux-ci se pratiquaient en des lieux conçus à cet effet, les thermes. Bains publics ou privés – certaines villas patriciennes possédant des pièces pour le bain – faisaient alors partie des mœurs. Le déblaiement de Pompéi a mis à jour trois grands thermes publics, ainsi que de nombreuses salles de bain privées.

 

On pouvait y pratiquer toute la gamme des bains à vapeur, bains chauds et froids. On avait aussi le choix entre les bains à l'eau de son, qui jouaient un rôle adoucissant en raison de la couche protectrice d'amidon qu'ils déposaient sur l'épiderme, et ceux de lait d'ânesse dont le souvenir reste associé au nom de Poppée, la favorite de Néron, qui devait à leur usage son teint nacré.

 

IIIème siècle après J.C.

 

 

 

 

IXème siècle après J.C.

 

 

 

Moyen-Age

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

XVème – XVIème siècles

Les moralistes chrétiens blâment sévèrement la coquetterie. Saint Clément d'Alexandrie, père de l'église grecque, pourfend le maquillage mais autorise les bains et l'usage hygiénique des parfums.

 

Dans les pays nordiques et germaniques, on ne se baignait que dans de l'eau courante. Judith, épouse de Charles le Chauve, appréciait l'eau froide pour conserver sa beauté.

 

C'est au Moyen-Age, dans le monde arabe, que l'art du bain culmine. Les riches bourgeoises passaient des journées entières au hammam à faire de la sudation, des frictions, des onctions aux huiles parfumées.

En Espagne, où les traditions arabes étaient particulièrement vivantes, l'hygiène était bonne, l'usage des bains très fréquent.
En France, les bains publics étaient nombreux, fréquentés aussi bien par les hommes que par les femmes. On en comptait 26 à Paris en 1292 pour une population d'environ 70 000 habitants.

L'actuelle rue Sauval, dans le 1er arrondissement de Paris, s'appelait alors "rue des Vieilles Etuves Saint Honoré" et la rue du Chat qui Pêche, dans le 5e, correspond à l'ancienne "ruelle des Etuves". On se baignait aussi à domicile, dans de grands cuveaux remplis d'eau chaude et d'herbes aromatiques. La plupart des maisons aisées possédaient une "chambre à bains" ou "baignerie".

 

En revanche, au XVème siècle, on tourne le dos à de telles pratiques. L'augmentation du prix du bois de chauffage, si elle a pu être incriminée, ne fut sûrement pas responsable de la disparition des étuves. C'est surtout l'évolution inquiétante des épidémies de peste qui a conforté les prédicateurs huguenots et catholiques dans leurs sermons contre ces établissements de "débauche". En effet, à la fin du XVème siècle, les étuves ressemblaient de plus en plus à des maisons de prostitution. L'ère des "baignades" était désormais révolue. Le bain n'était alors appliqué qu'en de rares circonstances et souvent à titre curatif. Cependant, beaucoup de médecins combattaient avec ferveur l'usage du bain : le corps ne pouvait, selon eux, supporter une telle immersion sans ressentir un quelconque malaise, parfois mortel ! Le bain fut totalement désavoué par Théophraste Renaudot, comme "non seulement superflu mais très dommageable aux hommes".

On croyait qu'en "pénétrant dans le corps", l'eau y apportait avec elle le "mauvais air".

 

Une exception cependant : Diane de Poitiers qui suivait les recettes du célèbre conseiller en beauté Paracelse et usait de bains froids et chauds. Cela expliquerait peut-être la conservation miraculeuse de la beauté de la favorite d'Henri II jusqu'à un âge avancé.

 

Après le règne d'Henri IV

La notion d'hygiène perdit toute sa valeur. Les habitudes de propreté restèrent aussi rudimentaires au XVIIème siècle qu'au XVIème. La saleté de Versailles devint légendaire. Les soins de propreté étaient considérés comme une perte de temps par toute cette Cour avide de festivités.

 

La toilette consistait le plus souvent pour les hommes à se passer sur le visage et les mains un coton trempé dans du vin.

 

Toutefois Louis XIV, malgré la légende, prit quelques bains, mais pour des raisons médicinales semble-t-il ! La princesse Liselotte du Palatinat, qui ne prisait guère le luxe, écrit : "Les bains ne sont pas mon fait, jamais de ma vie je n'ai pu comprendre cette passion".

 

Citons toutefois Lady Worthey, Duchesse de Montagu, épouse de l'Ambassadeur anglais à la cour du Sultan de Constantinople, qui fut autorisée par le souverain à paraître aux bains turcs. Elle apprit à en apprécier les agréments, et n'eut de cesse que l'on crée dans son pays des établissements similaires.

 

Fin du XVIIIème siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sous le Directoire

Une précieuse observation de Rétif de la Bretonne dans "Les nuits de Paris", note : "J'observais combien ces bains mesquins, qui ressemblaient à ceux que pourraient avoir de pauvres sauvages, annonçaient à la malpropreté de la plus grande ville du monde. Cinq à six cabanes pour Paris ! C'est que personne presque ne s'y baigne, et que ceux qui le font se bornent à une ou deux fois par été, c'est-à-dire par année".

Cependant, l'hygiène réapparaît timidement en France et, grâce à l'influence anglaise, une place plus grande est faite par les architectes aux salles de bains et aux cabinets de toilette.

 

On reprend l'habitude de se laver ; Madame Tallien prend quotidiennement un bain de fruits : 10 kg de fraises et 1 kg de framboises, le tout écrasé et jeté dans l'eau du bain, dont elle sort fraîche, délicieusement parfumée et avec la peau colorée en rose pâle. De plus, elle se sert d'éponges imprégnées de lait et de parfums.
Après la grande tourmente de la Révolution, les "Merveilleuses" rivalisent de raffinement. Le bain est à nouveau recommandé et Napoléon, qui passe de longues heures dans sa baignoire, donne l'exemple, se sert de savon et s'inonde d'eau de Cologne.

 

Il faudra cependant attendre l'époque de la Restauration (1814-1830) et l'aide des pouvoirs publics pour réintroduire l'usage du bain (public ou à domicile) et retrouver la notion de propreté si longtemps abandonnée.

 

Au XIXème siècle

Le Dr Caron publie en 1806 "La toilette des dames ou encyclopédie de la beauté" ; il termine son traité en faisant l'éloge des bains : "l'usage fréquent des bains a l'influence la plus décidée sur la santé comme sur la beauté". Selon lui, "les bains froids, regardés comme cosmétiques, ne valent rient, ils rendent la peau dure et écailleuse. Les bains chauds contribuent singulièrement à l'entretien de la beauté, ils donnent à la peau de la fraîcheur et un beau coloris".

 

Lola Montez, qui défraya la chronique, conseille dans "L'art et la beauté" (1862), de prendre des bains de son, de jasmin ou d'oranger pour l'éclat de la peau, et d'accompagner ces bains de frictions pour garder l'élasticité des formes.

Toutefois jusqu'à la fin du XIXème siècle, prendre un bain était encore une aventure à laquelle peu de personnes se livraient.

 

La possibilité de prendre des bains n'était alors pas offerte à tous : les Parisiennes avaient plus de facilités que les provinciales, mais la classe populaire était pratiquement tenue à l'écart de ces habitudes d'hygiène, qui ne s'implanteront dans toutes les classes que lentement, en fonction des progrès économiques.

En 1886, la première fabrication à l'échelle industrielle de baignoires en fonte émaillée apparaît en Allemagne.

A la fin du XIXème siècle et au début du XXème, nos grand-mères, qui avaient également leurs raffinements, connaissaient surtout l'efficacité des bains de plantes.

 

Le XXème siècle

 

 

 

 

 

 

 

La légende hollywoodienne

Il apporte un véritable changement dans les mœurs et les usages. L'essor se fait sentir dans la période de l'après-guerre, grande époque de la construction. Les maisons détruites sont remplacées par des immeubles neufs aux appartements équipés de salles d'eau.
Les premières installations dans les foyers furent longtemps considérées comme un "luxe". Luxe d'un lieu exigu, dont on se servit avec pudeur, discrétion et modération.

 

Déjà, dans les années 20, Arletty fit frémir (d'envie ?) le public parisien en jouant nue dans une baignoire dans "Un soir de réveillon" aux Bouffes Parisiens. Puis c'est Cecil B. De Mille qui fit apparaître Claudette Colbert nue dans un bain de lait dans "Le signe de la croix" en 1932. La séquence fit sensation, et grandir la réputation de son interprète. Mais ce sont les années 50 qui voient les débordements des stars, couvertes de mousse. En 1957 dans "La blonde explosive", Frank Tashlin fait exploser les charmes de Jayne Mansfield au cours d'une scène de bain d'anthologie. La mode des bains kitsch est vraiment née. C'est désormais dans la mousse odorante que les metteurs en scène tenteront de ressusciter les mythes hollywoodiens de l'âge d'or.

Caroll Baker ou Kim Novak sacrifieront à cette mode, qui se poursuivra jusque dans les sixties avec les bains moussants "en parallèle" de Rock Hudson et Doris Day, chacun dans sa baignoire dans "Confidences sur l'oreiller"[1]. Dans le même esprit kitsch, rappelons que dans le "Palais Rose" de Jayne Mansfield, tout était en forme de cœur : lit, baignoire, sièges, piscine, seul le siège des toilettes était normal car, comme la star le disait elle-même, "la nature ne veut pas coopérer"[2].

 

Aujourd'hui

La salle de bains est devenue pièce à vivre, et les produits pour le bain ont remplacé les infusions de plantes. Considérés hier comme un luxe, les bains moussants sont devenus des produits de grande consommation.

 

 

[1] Parfums de stars (Ed. n° 1 / D. Filipacchi), Les séductrices du cinéma (Philippe Durant, ED. Favre, 1989)

[2] Jayne Mansfield (J.P. et F. Jackson, Edilig 1984)

 

 

 

D U   B A I N   H Y G I E N E   A U   B A I N   P L A I S I R

 

Aux grands bouleversements politiques et sociaux du siècle dernier ont répondu ceux de l'hygiène : les Français se réconciliaient avec leur baignoire. Les pouvoirs publics se sont efforcés de développer les pratiques liées à la propreté. Rostand publie en 1822 un "Cours élémentaire d'hygiène" et les épidémies de choléra survenues dans les années 1830-40 déclenchent les premières mesures sanitaires concernant l'habitat.

 

 

Les habitudes de propreté corporelle sont étroitement dépendantes de la salubrité et de l'équipement des logements

Cependant, l'exiguïté de la plupart des logements – les familles d'ouvriers au XIXème siècle vivaient pour la plupart dans une seule pièce – ne facilitaient pas la toilette quotidienne et encore moins l'usage des bains. Les classes moyenne se dotaient de plusieurs pièces : chambres à coucher, salle à manger, cuisine, voire même un salon, mais pas de cabinet de toilette.

Quant aux produits utilisés pour se laver, ils se résumaient en un mot : le savon – de Marseille – produit de première nécessité que l'on trouvait aussi bien dans la cuisine et la buanderie que dans la salle de bains. C'était le seul admis par la Faculté et… la morale, si l'on excepte toutefois les huiles essentielles et la pâte d'amandes. Ce sont les Allemands qui, à la fin du XIXème siècle, inventèrent le savon de toilette en réduisant les dimensions du savon, en le colorant et en le parfumant. Mais il fallut attendre 1912 et l'arrivée du "bébé Cadum" pour populariser ce qui était auparavant considéré comme un produit de luxe[1].

 

De la salle de bain

au salon de bain

Ce n'est qu'assez récemment que les Français se sont mis à investir dans leur salle de bains, appelée  même, dans le catalogue d'un des leaders du secteur, "salon de bain". C'est devenu un lieu où l'on se préoccupe de soi et que l'on aime décorer, personnaliser. Des boutiques spécialisées vendent non seulement les éléments classiques et de plus en plus sophistiqués et esthétiques (porte-savon à évacuation d'eau, robinets mélangeurs, douchettes à jet sous pression), mais aussi des accessoires "confort" : appui-tête gonflable pour la baignoire, pont ou plateau sur coussin d'air pour lire ou prendre un verre, sans oublier les porte-serviettes chauffants.

 

Par ailleurs, baignoires à remous, saunas, "hot-tubs" et jacuzzis se multiplient. Le bain n'est plus seulement synonyme d'hygiène mais de plaisir et, parfois, de plaisir convivial… comme au Moyen-Age. La boucle est bouclée.

 

 

 

 

 

L'affirmation de soi

 

 

 

Etre propre revient à affirmer une sorte d'intégrité, de pureté ou de perfection personnelles. Se laver, c'est bien gérer sa relation de soi avec soi. La montée de l'individu dans la société a abouti à une toilette où il faut non seulement se laver mais se relaxer, se détendre dans le bain.

La publicité pour les produits de toilette évoque d'ailleurs de plus en plus le plaisir, plus que la propreté. Elle expose l'hédonisme aujourd'hui sous-jacent à la toilette et aussi l'individualisme qui va de pair.

Autrefois, le cabinet de bains n'existait pas dans l'appartement ; il est apparu puis s'est rapproché de la chambre, puis est devenu après salle de bains et a acquis ses meubles spécifiques.

La consommation a changé de repères : plus d'objets, plus de plaisir, plus de psychologie. Qui s'étonne de voir, aujourd'hui, les revues de décoration suggérer que l'on place des tableaux dans les salles de bains ? Ce lieu autrefois fonctionnel, où l'on passait pour accomplir un devoir, est aujourd'hui une pièce à vivre, habitée pour le plaisir[2].

 

"Gracieuseté et propreté valent mieux que sale beauté" (XIIIè siècle)

(Dictionnaire de proverbes savants ou littéraires, de Leroux de Lincy)

 


[1] La fabuleuse et exemplaire histoire de Bébé Cadum (M. Wlassikoff et J.P. Bodeux, Ed. Syros/Alternative 1990)

[2] Le propre et le sale (Pr Georges Vigarello, Ed. du Seuil 1985)

 

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